INVESTIR AUJOURD’HUI, RÉCOLTER LES DIVIDENDES DANS 30 ANS !

LACHUTE - Il y a 6 ans, deux frères semi-retraités ont acquis 1 700 acres de terres à bois avec l'ultime motivation de laisser un héritage concret à leurs enfants. Depuis, ils s'affairent avec eux à valoriser, aménager et entretenir leurs biens qui arriveront à leur plein potentiel que dans une trentaine d'années.

Ce type d'investissement est très rare en foresterie, car il y a très peu de bénéfices financiers à y faire à court et à moyen terme (5 à 10 ans). Marco et Carlo Del Duchetto en sont conscients et savent que ce sont leurs enfants qui verront et profiteront des résultats de leurs investissements. Pour Pierre Baril, directeur général de la Coopérative de propriétaires de boisés Terra-Bois, la famille Del Duchetto représente bien le nouveau modèle de propriétaires. Très active dans ses boisés en plus d'en retirer du plaisir, elle traite ses acquisitions comme de l'investissement. Comme les propriétaires d'immeubles d'habitation, elle a le réflexe de conserver ses factures pour saisir les occasions fiscales et profite des programmes et services qui conviennent à ses besoins, dont le programme de remboursement de taxes foncières.

PORTRAIT DES INVESTISSEURS
Père de quatre enfants et ingénieur civil de formation, Marco Del Duchetto a travaillé toute sa vie sur des projets de construction de grande envergure. Son frère Carlo, père de trois enfants, est à temps plein dans la gérance immobilière. Contents de troquer occasionnellement la ville pour le grand air en forêt, les deux frères y voient une très belle alternative au marché boursier. La beauté de la terre, c'est que c'est du concret : on la voit ; on la touche, et on peut aller s'y promener, abondent dans le même sens les deux frères.
 

Carlo et Marco Del Duchetto. 

En collaboration avec la coopérative, ils investissent beaucoup de temps et d'argent pour donner un coup de pouce à la forêt. Ils ont repris des endroits qui ont déjà été bûchés et, dans certains secteurs, de façon agressive. Mais, cela peut parfois être pesant, révèle Carlo, car ils ont à répondre rapidement lorsque des problèmes surviennent comme les barrages de castors qui peuvent causer des inondations dans la municipalité, détruire une forêt ou abîmer des chemins forestiers. Ils ont même pris part au programme Cisaille de la Sûreté du Québec pour contrer les problèmes liés aux plantations de cannabis sur leurs terres.

MAGASINER ET S'INFORMER
Avant d'acheter, les deux frères recommandent d'abord de déterminer son projet, puis de vérifier si le type de zonage ainsi que les réglementations municipales et régionales (MRC) en vigueur conviennent à ce projet. Selon les Del Duchetto, la réglementation peut imposer des contraintes très importantes et même devenir un obstacle dans certaines régions. Il est essentiel de visiter plusieurs terres et d'aller les marcher afin de vérifier leur état. Est-ce une forêt mature ? Coupée à blanc ? Est-elle bûchée ? Si oui, à quel pourcentage ? Il faut aussi penser à s'équiper. On n'achète pas ça en bas de trois mois, prévient Carlo et c'est mieux de faire ses propres recherches, poursuit Marco. Pour chacune des terres, les propriétaires ont créé une corporation pour limiter les pertes financières advenant une poursuite judiciaire pour responsabilité civile, mais globalement, c'est moins avantageux au niveau financier.

6 ANS PLUS TARD
Aujourd'hui, les deux hommes possèdent des terres dans les Basses-Laurentides, Argenteuil, Lanaudière et les Hautes-Laurentides. Sur les 1 700 acres de terres à bois, 70 peuplements ont été identifiés par l'ingénieur forestier. En suivant le plan d'aménagement forestier (PAF) prescrit par ce dernier, des techniciens sylvicoles ont effectué divers travaux tels que des éclaircies précommerciales et intermédiaires. À Lachute, on retrouve principalement des essences nobles telles que du chêne, de l'érable et du cerisier. Dans Lanaudière, 5 000 arbres ont été plantés, soit du pin blanc, du mélèze et 80 % d'épinette blanche. À ce jour, 310 acres ont été traités depuis les cinq dernières années. On peut déjà voir la différence entre un secteur travaillé depuis 3 ans et un autre non travaillé, témoignait Marco. Le PAF touche aussi d'autres volets comme la préservation de la faune et de l'environnement.

SOUTIEN ET PROGRAMMES
Récemment, Carlo a suivi une formation en sylviculture avec l'ingénieur forestier et un technicien de Terra-Bois. Il a appris à reconnaître différentes essences d'arbres dont les essences les plus vulnérables et celles qui sont malheu- reusement en voie de disparition. Au lendemain de cette journée, Carlo a eu un bel avant-goût de ce que lui et son frère ont entrepris ensemble, puisqu'il a visité une forêt aménagée et entretenue depuis 30 ans. À force de côtoyer le personnel de la coopérative, ils ont aussi appris à reconnaître les maladies sur le terrain.
« C'est épeurant et dur à comprendre », confiait Marco qui en saisit durement toute la portée depuis qu'il travaille sur le terrain.
En plus de concevoir le PAF, l'ingénieur forestier fait le suivi des travaux en cours de réalisation et rédige le rapport d’exécution à la fin des travaux. C'est lui qui présente ce rapport à l’agence régionale de mise en valeur des forêts privées pour l’obtention de l’aide financière.

Pour les programmes de soutien financier en forêt privée, on retrouve l'aide à la mise en valeur des forêts privées ; le remboursement de taxes foncières ; le financement forestier pour l'acquisition de lots boisés et de machineries ; Faune-Forêt (pour le maintien de la biodiversité) ; l'étalement de revenus jusqu'à concurrence de 7 années ; le remboursement de la taxe du carburant et le programme d'exemption de taxes sur les opérations forestières.
 

Le technicien Stéphane Desabrais explique l’entretien à effectuer sur la machinerie à Mathieu et Jérémie qui écoutent attentivement les directives. Les frères Del Duchetto possèdent deux tracteurs qui font de multiples tâches particulièrement l’entretien du réseau de chemins, le déchiquetage des branches pour que ces mêmes chemins soient praticables en tout temps. Les tracteurs servent aussi au déneigement des chemins d’accès. On peut remarquer que le tout se fait dans un immense dôme de 40 pi X 80 pi qui sert pour les réparations et l’entreposage de la machinerie.

« La beauté de la terre, c'est que c'est du concret : on la voit ; on la touche, et on peut aller s'y promener.»

par Murielle Yockell, Journaliste, REVUE ACTION-FORÊT DES LAURENTIDES ET DE L'OUTAOUAIS | ÉDITION PRINTEMPS 2018